Résumé de la conférence du 10 novembre 2007 par

        Marie-Christine Michaud

        maître de conférences en études américaines d'anglais à l'Université de Bretagne Sud.

            l'émigration italienne

 

« Les Italiens ne voyagent pas. ils émigrent ». C'est par cette belle citation de Paolo Conte que démarre la conférence. Et en effet, quelle meilleure entrée en matière pour cette intervention sur l'émigration italienne qui a tout de même conduit en un siècle plusieurs dizaines de millions d'italiens hors des frontières de la péninsule !

Si l'Italie est aujourd'hui une terre d'immigration pour les ressortissants des pays d'Europe centrale et  d'Afrique, elle a été pendant plus d'un siècle une terre d'émigration massive. De fait, aujourd'hui, les Italiens sont partout dans le monde, en Europe, en Amérique, du nord comme du sud, en Australie.

Le départ est toujours une solution ultime : on fuit la misère ou la répression politique. On essaie de trouver hors de ses propres frontières de quoi continuer à vivre et de quoi assurer à sa descendance un meilleur avenir.

Quelques chiffres :

Aujourd'hui, 516000 italiens (1e génération et personnes ayant la nationalité italienne) vivent en France dont 2200 en Bretagne.

Dans les années 1970 : on dénombre 82000 Italiens en Ile de France, 93000 dans la région Rhône-Alpes, 65000 en Lorraine, 30000 dans le Nord. et seulement 815 en Bretagne.

On observe deux vagues migratoires importantes : avant et après l'unification italienne (unité en 1861, rattachement de Rome en 1870).

Avant l'unification, à partir des années 1840 surtout, une première vague d'émigration intervient de l'Italie du nord vers les états européens, en direction principalement de la France, de la Suisse, de l'Autriche et de la Belgique. Ces pays, en plein boum industriel, ont besoin de main d'ouvre. De plus, ils sont peu éloignés et permettent des retours fréquents en Italie.

En France, les Italiens s'installent dans les grandes régions industrielles : la vallée du Rhône, la Lorraine, le Nord. Ils s'installent aussi dans tout le sud où ils occupent souvent des emplois saisonniers dans l'agriculture.

Il s'agit principalement d'une émigration économique, les fuites politiques sont rares, quelques partisans de Garibaldi tout au plus. A cette époque, les candidats à l'émigration sont des ouvriers qualifiés ou des artisans, plus rarement des paysans.

Entre 1880 et 1914, une seconde vague massive d'émigration se fait en direction des « nouveaux mondes », c'est-à-dire les Amériques et l'Australie.

A la différence de la vague précédente, ce sont plutôt les Italiens du sud qui partent. Ils sont majoritairement paysans et sans qualification. Ils sont dans la misère, subissent l'oppression des propriétaires terriens et des riches régions du nord. le départ pour eux ne peut que leur apporter des lendemains meilleurs...  Ils partent pour construire ces nouveaux pays où l'on a besoin de main d'ouvre. Ils étaient des ruraux, ils deviennent ouvriers et citadins, le choc est au rendez-vous !

Les départs pour les Amériques ou l'Australie ne sont pas toujours sans retour mais la distance rend ces voyages moins faciles. Néanmoins certains ont fait plusieurs allers-retours dans leur vie.

L'émigration vers l'Australie existe dès le début du XXe siècle mais explose dans les années 1950 avec la mise en place en Australie d'une politique multiculturelle. En 1870, 150 Italiens par an s'installent en Australie, ils sont 6 à 7000 par an en 1970.

A toutes les époques, on observe aussi des départs en direction de l'Afrique du Nord.

L'émigration vers les Amériques :

Entre 1880 et 1920, 4,5 millions d'Italiens s'installent aux Etats-Unis. Ils représentent aujourd'hui 5,6 % de la population du pays soit 15,7 millions d'habitants. Ils sont le 4e groupe de Blancs aux Etats-Unis après les Allemands, les Britanniques et les Irlandais.

Au total, on estime à 21 millions le nombre d'Italiens qui sont partis pour les Amériques, dont 14 millions en Amérique du Sud, répartis principalement entre l'Argentine et le Brésil. 

 

La politique d'immigration aux Etats-Unis n'a pas toujours été constante. Selon les périodes le robinet a été plus ou moins ouvert. Sous Mussolini, c'est du côté italien que les conditions ont été durcies. L'Italie n'est plus un pays d'émigration depuis les années 1960.

Les Italiens sont présents au Canada où, comme aux Etats-Unis, ils ont été appelés pour la construction du chemin de fer et où les gouvernements, afin de sédentariser les populations ouvrières, ont proposé l'achat des terrains en bordure des voies aux employés des compagnies ferroviaires.

Le choc climatique est tel pour les Italiens qui arrivent en Amérique du nord, qu'une partie des immigrants décide de s'installer dans les régions de ouest américain où le climat se rapproche du climat méditerranéen. Ainsi, la Californie est l'une des régions les plus prisées par les Italiens et ils ont trouvé là un lieu où renouer avec leurs racines paysannes. Ils sont souvent pêcheurs, paysans ou vignerons. La douceur du climat n'explique pas tout, le mythe de l'ouest américain joue sans doute un rôle dans cet engouement et les opportunités sur place font le reste.

Les Italiens qui réussissent à encaisser le choc culturel et climatique de leur arrivée s'installent dans les grandes villes industrielles du pays, Detroit, Chicago et dans les villes de l'est comme New York.

Qui émigre ? Ce sont souvent des hommes seuls, jeunes. Ils cherchent du travail par des réseaux déjà sur place (amis ou parents ayant émigré auparavant) ou en ayant recours à des intermédiaires, les padroni, qui négocient pour eux les emplois et les formalités administratives.

Une fois que les hommes sont installés, ils font venir leur famille s'ils en ont une. Sinon ils font confiance aux familles restées en Italie qui arrangent des mariages avec des filles du village et ils les font venir par la suite.

Les communautés : dans les années 1920, avec l'arrivée de la deuxième génération, la communauté italienne s'organise autour de quartiers et d'associations. L'Eglise joue également un rôle dans cette structuration. Les situations professionnelles s'affirment. Certains ont réussi et se situent dans une classe moyenne américaine émergente. Ils sont entrepreneurs, tiennent des commerces ou des restaurants,.

La période de la prohibition, de 1919 à 1933, permet aux Italiens de s'installer durablement dans le milieu du crime organisé et de développer des réseaux plus violents et à plus grande échelle que ceux existant en Italie.

Contrairement à l'idée que l'on a depuis l'Europe, les « quartiers italiens » comme Little Italy n'ont rien de communautés soudées. En fait le sentiment national italien n'existe pas. on n'est pas italien, on est sicilien,  calabrais, piémontais, . et plus que ça même, on n'est pas calabrais mais on est de tel ou tel village. autant dire que les gens ne se mélangent pas, ne se fréquentent pas. et de toute façon ne parlent pas la même langue ! Dans les quartiers « italiens », on reconstitue un peu son village d'origine, rue par rue. C'est l'hostilité des autres communautés sur place qui fait émerger une conscience collective. Les immigrants se soudent finalement pour mieux résister au racisme ambiant et pour s'adapter à la société américaine. Cet éveil à l'identité italienne se concrétise pendant la seconde guerre mondiale au cours de laquelle on demande aux italo-américains de faire un choix de loyauté envers les Etats-Unis.

Dans les années 1960-70, alors que les Noirs luttent pour leurs droits civiques, les Italiens veulent se détacher de leur statut de minorité. Jusqu'à présent, ils n'étaient pas considérés comme « tout à fait blancs ». il faut se rappeler que les Italiens ont occupé dans les grandes plantations du sud du pays la place des noirs affranchis après l'abolition de l'esclavage ! Les Italiens de cette seconde moitié du XXe siècle veulent donc être membre à part entière de la majorité blanche des Etats-Unis. Ils veulent un statut, une position économique et sociale. Ils accèdent à des postes à responsabilité, à des postes politiques : juges, gouverneurs, maires, candidats aux élections,.

Aujourd'hui, le niveau d'éducation des descendants des communautés italiennes est très bon, le niveau social augmente. Ils sont en général plutôt conservateurs et ne se revendiquent comme « Italiens » que dans la cadre de fêtes. Il y a une fierté à être les descendants d'une nation qui est devenue importante et qui est l'héritière d'une grande civilisation, porteuse d'un imaginaire autour des arts et de la culture.

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